Chers collègues et amis de l’Assemblée des Français de l’Etranger,
Comment puis-je vous remercier de vos messages et courriels ? Ils m’ont été d’un très grand réconfort depuis cette longue nuit de mardi dernier et les jours qui ont suivi – déjà une semaine et pourtant c’était hier. Vous avez été si nombreux à nous manifester votre sympathie et amitié qu’il m’est impossible, vu les circonstances qui réquisitionnent encore dans l’urgence toutes nos énergies, de répondre à chacun d’entre vous individuellement, c’est la raison pour laquelle je vous écris ce courriel collectif.
Comme vous l’avez appris en écoutant ou en regardant les nouvelles à la radio ou à la télévision la désolation, la souffrance est générale, le chaos est partout. Radios et Télévisions internationales donnent un compte rendu très réaliste mais encore bien souvent en dessous de la vérité dont nous sommes témoin heure par heure lorsque nous visitons certains quartiers certains établissements et discutons avec la population, hagarde, tétanisée et qui a payée le plus lourd tribut de par son grand dénuement et pauvreté. Il n’y a pas un Haïtien qui n’ait perdu un, des proches dans ce drame national sans précédent de par la surpopulation de la ville. Beaucoup de nos compatriotes sont décédés Simone, Olivia, Marc, Jean Marc, Gérard et tant d’autres nous nous souvenons des bons moments ! Plus de 12 français sont décédés et on compte encore 14 disparus. Tant d’autres ont perdu des biens sinon des membres de leur famille.
La Résidence de L’ambassade de France, l’ancienne résidence privée du Président Lescot construite par Robert Baussan en 1927, est complètement détruite et l’Ambassade en ville inutilisable. Nos compatriotes en attente de rapatriement campent dans le magnifique parc sous des bâches et malgré que tout soit fait pour leur assurer le nécessaire, dans des conditions pas trop confortables, tandis que les réunions d’organisation se tiennent à ciel ouvert à l’Ambassade.
Heureusement le Lycée Français Alexandre Dumas n’a, à première vue, pas trop souffert ce qui a permis à l’hôpital gonflable arrivé hier Dimanche de se déployer sur le terrain de Football et d’être déjà opérationnel 20 heures après. À cette heure il est déjà saturé ? Nous avons malheureusement à déplorer la disparition d’un professeur et de cinq élèves et peut être de trois employés haïtiens ; le compte n’est pas fini.
La situation des enfants en cours d’adoption a soulevé et soulève beaucoup de préoccupations de la part bien entendu de leurs futurs parents en attente en France et ici en Haïti, où nombre d’écoles et d’orphelinats ont été détruits, les enfants payant toujours un lourd tribut dans les catastrophes naturelles; il y a eu des miracles, mais aussi beaucoup de peines. Nous essayons de mobiliser de la nourriture et des médicaments pour ces orphelinats. Que dire des sourires et des caresses des enfants que nous visitons et qui nous voient constater le dénuement dans lesquels ils sont et dont ils ne se rendent – fort heureusement – pas compte ?
L’Hôpital Français au centre ville a été assez endommagé et est entouré de ruines. Les premiers jours les corps blessés et les morts s’y entassaient et rapidement il n’y eut plus de médicament pour traiter les blessés. Pareillement les Frères de Saint Jacques à la « fleur du chêne » ont vu leur façade s’écrouler, la cour a été vite transformée en hôpital de fortune ans ressources autres que la bonne volonté des Frères !
Partout ce ne fut et ce n’est encore que dévastation, désolation, misères et grandes douleurs.
Dans un réflexe puisque j’étais sur mon ordinateur accroché à mon bureau qui valsait, j’ai pu envoyer dans les minutes qui ont suivi le séisme un mail laconique à ma famille en France pour les rassurer et prévenu nos sénateurs ; puis les télécommunications et l’Internet tombèrent en panne (ce n’est qu’aujourd’hui que les lignes – toujours saturées – commencent à remarcher. Je reviens juste de province à 70 Km de Port au prince ou les villages, quoique fort touchés n’ont pas souffert autant que Port au Prince / Carrefour / Matissant\ à l’épicentre. L’exode vers la province s’installe et est certainement la meilleure solution pour ceux qui ont tout perdu, c’est à dire la majorité de la population de la ville soit plus de 90% ?
Les nouvelles internationales ont pris le relais très rapidement et l’élan de solidarité mondial, un élan sans précédent lui aussi, s’est mis en route. La France a réagit dans les toutes premières, très très vite et nous recevions rapidement le SAMU Martiniquais, puis Guadeloupéen avec qui nous avons visité les hôpitaux pour des installations de fortune, puis les premiers Kits de médicaments et de premiers secours sont arrivés et vite distribués à des points stratégiques, tandis que les morts s’empilaient dans les rues. Nous ne saurons jamais suffisamment applaudir à la création de la cellule de crise à Paris qui avec l’expérience gagnée au cours des autres crises est de plus en plus performante et rapide.
Je ne peux que remercier et constater la grande efficacité avec des moyens mis à mal par le séisme lui même : locaux impraticables, véhicules détruits – télécom inopérants, de tous nos amis de l’Ambassade de France, Institut Français, Lycée dont nombre d’entre eux ont vu leur habitation détruite et dont la mobilisation et le dévouement, sous la férule de notre nouvel Ambassadeur Didier Le-Bret sont sans failles.
L’heure du bilan sonne et se fait, de jours en jours, plus lourd – alors que l’on parlait de 50.000 morts, j’estimais, ce qui malheureusement se confirme, que la réalité serait plus proche de 150.000 à 200.000 et nous en approchons à grand pas au fur et à mesure que nous apprenons la perte d’un proche ou d’un ami ou d’un camarade. La désespérance dans les quartiers les plus pauvres est insoutenable.
L’heure de la reconstruction approche, les aides internationales avec de très gros moyens se déploie, toujours trop tard aux dires de certains, mais avec efficacité ce malgré un manque de coordination internationale qui souvent frise le ridicule, chaque nation – ONG voulant tirer les bénéfices médiatiques de leur action, mais les résultats se font de plus en plus concrets de jours en jours au bénéfice de la population affamée.
Vos témoignages, vos courriels de réconforts, dont certains d’entre vous ont connus des catastrophes équivalentes, nous ont été droit au coeur et ont soutenu l’action que nous pouvions entreprendre avec nos réseaux d’amis développés en Haïti qui ont tous répondu présent.
Tous les dons que vous pourriez faire ou collecter pour des organismes / associations sérieuses sont les bienvenus et il y en a beaucoup. Vous pouvez aussi les faire à Haïti partenaires France Europe (HPFE) travaille en étroite collaboration avec l’AFHADEM – vous pouvez être sur que ces dons iront là où les autres ONG plus importantes n’oseront aller, qu’ils seront utilisés pour rebâtir le tissu social et surtout donner comme nous l’avons déjà fait , un outil de travail pérenne à des pères et ou mères de familles pour leur permettre d’élever leurs enfants dans la dignité d’hommes et de femmes libres.
Merci de tout le réconfort que vous nous apportez dans ces moments difficiles.
À vous revoir en Mars non plus avec un message de consternation, mais, cette fois je l’espère, avec un message d’espoir pour ce peuple Haïtien si attachant et si méritant en regard d’un vagabondage de pouvoir chronique.
Bien à vous tous,
Jacques Marie
Conseiller élu Pour les Caraïbes
Port au Prince – Haïti
Vous pouvez libeller les chèques que vous recevriez à :
HPFE ou HAITI PARTENAIRES FRANCE EUROPE
Et les adresser à ma fille
Véronique Bévierre
Conseillère Municipale
19 rue Jules Guesde
92130 Issy Les Moulineaux
ou faire un virement sur le compte de Haïti Partenaires France Europe ci-joint